AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 - A good idea rarely comes after a bad one. - [ P.V. Kaito K. Campbell. ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Messages : 251
Date d'inscription : 21/05/2013
Age : 20
Localisation : Dans les bras d'un(e) amant(e).

Informations personnelles
Argent:
Pouvoir: Postcognition.
Je possède:

MessageSujet: - A good idea rarely comes after a bad one. - [ P.V. Kaito K. Campbell. ]   Dim 9 Fév - 18:16




| A good idea rarely comes after a bad one. |
- P.V. Kaito K. Campbell.

 






Le vent balayait la rue, soulevant dans sa force, dans son rugissement bestial, quelques prospectus qui, précédemment, jonchaient le sol de bitume. Les gens luttaient contre lui, avec autant de désespoir que de courage, semblait-il, armés de leur parapluie pour seule muraille, pour bouclier. La plupart tenaient l'objet tendu devant eux, comme pour qu'il fasse barrage et, ainsi, l'on se doutait bien qu'ils ne devaient pas voir devant eux grand-chose d'autre que leurs chaussures ou le sol. Ils n'avaient plus qu'à espérer ne rien heurter. Rien ou personne, d'ailleurs. Le ciel, gris, changeait tant de ce beau ciel bleu, parsemé çà et là de nuages d'ivoire, qui avait offert pendant quelques jours, malgré le froid persistant, de doux rayons de l'astre du jour. Dans un soupir, sa tasse de thé chaud, fumante, entre les mains, Kyrie clignait des yeux. Ceux-ci, univers opposés, s'alliaient sur cette vision de l'extérieur alors que, assise les jambes ramenées vers elle sur sa chaise, la jeune femme penchée vers sa fenêtre observait tout ce monde. Depuis quelques jours, plus n'allait correctement. Et la fin de semaine, cette pseudo libération du travail de la librairie, ne lui laissait plus que le silence et l'ennui pour seuls compagnons. En resserrant légèrement ses mains contre cette source de chaleur qui, diffuse, gagnait ses paumes, elle posait sa tempe contre la vitre. Le froid, celui de cette matière lisse, gagna sa peau dans quelques picotements et, en fermant les yeux, elle songeait à ces gens qu'elle regardait passer, n'étant jamais les mêmes. Ils avaient une vie, des aléas, mais tout devait leur sembler si simple. La plupart d'entre eux, elle le savait pertinemment, ne devait même pas songer qu'il puisse exister, en ce jour pluvieux et venteux, des gens comme elle qui ne savait pas quoi faire pour faire passer le temps. De ses doigts fins, elle se promenait sur la tasse, r-ouvrant les yeux en retournant ses prunelles vers cette pluie si brutale qu'elle semblait glisser un rideau blanc sur tout.

Le silence régnait et, dans sa solitude, Kyrie pensait à bien des choses qui, malgré elle, ne la passionnait pas assez pour qu'elle puisse pour elles en faire passer plus vite le temps. Dragon n'avait plus donné signe de vie, comme si elle avait fondu dans la nature, et Shinobu s'en était retourné à elle ne savait trop quoi. Ils la laissaient seule, protégée par elle-même, dans ses pensées. En redressant sa tête, remontant sa tasse pour souffler contre la fumée qui s'en échappait et pouvoir boire une gorgée, elle se remplissait la tête d'idées. Comment pouvait-elle se faire tout ce mal ? Elle agissait sans cesse, lui semblait-il, sans penser aux conséquences. Elle avait le droit au bonheur, comme tout un chacun, mais semblait manœuvrait de manière à toujours l'esquiver, à toujours le laisser filer dans du sable sous ses ongles, restant là sans pouvoir l'atteindre. Elle se souvenait, si vivement, de ces rencontres, de ces au revoir, de ces regards et de ces touchers. Un instant, elle fut submerger d'images, posant son regard bien plus loin que le sol de la ville, comme pour en voir ses secrets les plus gardés. Ce jour-là, quand Dragon était apparue devant elle, blessée, elle avait agit en l'honneur de son nom, en sa qualité de noble, prenant des responsabilités qui la firent s'effondrer. Elle était tombée amoureuse, et ce, d'une femme qu'elle ne pourrait certainement plus revoir. Tout étant, elle avait batailler, s'était entachée, alors qu'elle aurait bien pu ne pas lever le regard, refermer son portail avec hâte et faire comme si de rien n'était. Ou alors, elle l'aurait emmenée à l’hôpital et l'y aurait laissée, comme tout citoyen l'aurait fait, aidant sans aider, restant sans rester, pour ne pas avoir la faute sur les épaules. Une image lui revint et, en tournant légèrement son regard pour suivre une ombre qui s'étirait sur le sol, elle tentait de se souvenir. Ces grands yeux si semblables aux siens, dans lesquels elle perdait ses émotions, lui parurent flou dans sa mémoire.  De quelles couleurs étaient-il simplement, déjà ? Elle ne savait plus. Quant à Shinobu, par curiosité certainement, ce jour-là, elle avait fait les pas de trop. Encore une fois, en bonne samaritaine, elle s'était brûlé les ailes, et les lèvres, dans un trouble dont elle ne parvenait plus à se débarrasser. Pourquoi, pour elle qui avait toujours été si seule et si bien ainsi, tout les bonheurs du monde arrivaient-ils en tas, en masse, comme s'ils souhaitaient l'assommée, l'obligée dans un choix qu'elle redoutait. Dragon était gris. Shinobu était les couleurs. Mais l'un et l'autre avaient leur croix et leur chapelet. Dragon était... un mystère. Un mystère de ceux que l'on se sent obligé de percer à jour, puis de garder pour soi, bien malgré le cri de nos cœurs s’époumonant à ordonner la vérité, la révélation et ceux à tout yeux et toutes oreilles. Shinobu était, pour sa part, l'attirance de la normalité. L'attirance qu'elle, jeune femme comme quiconque d'autre, pouvait ressentir pour un corps du sexe opposé au sien. Et, au de-là de cela, il était la poésie, la tendresse, la sincérité. Il confiait tout, comme par peur qu'elle ne découvre elle-même et n'en soit abîmée, alors que Dragon la laissait franchir les étapes de son pas hésitant, incertain, l'effrayant d'un jour parvenir à un secret qu'elle n'aurait jamais du apprendre, découvrir.

En buvant encore, savourant cet arôme qui glissait contre les capteurs de sa langue, la française fermait à nouveau les yeux, glissant ces paupières, voiles opaques, au-devant de ses yeux fatigués. Dans cette folie qui, d'un phénomène incroyable, avait changé tout être près de la ville, elle se demandait s'il était seulement encore possible d'avoir une vie normale. D'une certaine façon, les gens affluaient ici, mais personne n'en partait. Et, rentré dans cet univers pour le moins inhabituel et extravagant de choses incomprises et ignorées, tout le monde en perdait sa nature. Kyrie, d'elle-même, n'avait  son grand damne plus de raison de se prétendre humaine. Elle possédait deux jambes, deux bras, le nom de femme, mais qu'était-elle réellement ? Après ces étranges événements qui avaient commencer à se produire, elle avait comprit qu'il ne pouvait plus y avoir de fuite. Elle voyait le passé. Et celui-ci, étrangement, penchait son futur vers les abysses. Rien qu'avoir des enfants n'était plus une idée. Et s'ils devaient subir la même chose ? Pourrait-elle uniquement se pardonner d'infliger pareille souffrance à telle candeur, à telle innocence ? Elle ne rêvait plus de ce ventre rond, de cette vie qui s'agiterait tendrement en elle, elle en cauchemardait. Comme morte, elle posa avec lourdeur sa tasse vide sur la table la plus proche, laissant sa tête se pencher vers l'avant. Ses longs cheveux blancs glissèrent alors et, cachant quelque peu son visage, ils lui permirent de laisser cour à ses larmes. Elle ne se comprenait plus. Elle ne pouvait plus vivre comme avant, désormais, elle ne pouvait plus reculer. Le temps ne remonterait pas...

Dans son peu de force elle laissa retomber ses jambes du bord de sa chaise, celles-ci finissant par poser les pieds contre le sol froid. Ce froid, elle le ressentait encore, mais c'était bien tout ce qui pouvait encore la faire frissonner. Ces membres tremblèrent doucement et, se redressant et relevant, elle fit quelques pas pour désengourdir son corps. Pourquoi se sentait-elle aussi lourde ? Elle, plume, était devenue enclume, cœur d'Homme, jugée coupable d'aimée elle serait rejetée de Maât, d'Osiris, et serait avalée par la Grande Dévorante qui, sans mal, déchiquetterait son corps frêle de ses dents de crocodile, l'épiant de sa figure de lion. Elle disparaîtrait. En baissant le regard vers la bretelle de sa nuisette violette qui était retombée contre son bras, elle quittait ses pensées le temps de quelques pas.

Sa chambre rejointe, elle plaçait sur son avant-bras les affaires qu'elle avait préparées la veille et qui, pliées avec soin, reposaient sur le siège devant sa coiffeuse. Sans prendre la peine de se regarder dans la vitre, dans sa hâte, elle retournait dans le cadre de la porte, posant sa main de libre sur la plinthe. Droite, le cœur lourd, elle sentait ses yeux se dévorer eux-même, d'une sensation légère et froide qui la mettait à nouveau aux bords des sanglots. Elle ne voulait pas. Et pourtant, elle le fit tout de même. Tournant la tête, elle regardait son lit, ses draps pourpres. Lisses, ils ne glissaient en eux plus aucun plis, ils ne gardaient plus cette odeur fruité. La présence de Dragon avait disparut. Elle n'était plus là et, dans le cœur de la femme qui restait, il n'y avait plus qu'un trou béant se saisissant et engloutissant tout ce que ses mains pouvaient prendre. Ses émotions douloureuses, ses illusions, bien des choses fondirent dans cet abîme sans fond, comme pour ne jamais refaire surface et cesser de la tourmenter. Pourtant, elle n'en était pas plus libre. Dans son esprit, des visages inconnus se glissaient, des visages aux traits si nets et précis qu'elle savait qu'ils étaient des connaissances. Mais pas les siennes. Au milieu de ce flot inconstant, changeant son rythme à son bon vouloir propre, elle regardait encore ce vague souvenir de celle pour laquelle elle était tombée sur son champ de bataille, rendant les armes, à genoux, priant pour une douleur plus suave qui, dans ses rêves, laissaient parfois sur ses lèvres le presque goût d'un baiser à la pomme. Désormais, cette rythme résonnait, avait perdue son charme, cette sensation doucereuse d'être chez soi. Elle se sentait hors du temps, hors de l'espace, comme si elle ne reconnaissait plus ce lit sur lequel elle avait si souvent dormit. Subitement, son odeur seule sur les draps, y élevant une senteur de cerises, lui semblait n'être plus la sienne. Quelques temps, en dormant, elle avait garder cette sensation de bien-être, pour une si petite chose que l'odeur de Dragon, mais maintenant que tout, évanescent, avait finit par s'évanouir, elle ne savait plus ce qui aurait réellement été normal. Ce qui devait l'être. Et ce qui l'était.

Ce fut le brouillard, ensuite. Dans un effort qui lui parut sur-humain, elle referma la porte avec élan, marchant plus vite qu'à son habitude sur ce parquet qui grinçait à chaque pas. Jusqu'à parvenir à la salle de bain, elle fut capable de se vider l'esprit puis, arrivée devant sa glace, elle replongea tête première dans cette mélancolie, dans cette nostalgie. Pourquoi était-elle si étrange ? Un fin sourire amer se glissa contre ses lèvres au milieu de son rire jaune. Elle avait toujours été ainsi, froide comme la glace, hissant des murailles devant chaque changement pour vivre sa vie tranquille. Mise à nue devant son âme, devant ces choix, elle doutait jusqu'au bien et jusqu'au mal, ne se comprenant plus. Était-ce une mauvaise chose, que de rêver ? Une partie d'elle se hissait plus haut que le reste, élevant la voix pour lui crier qu'elle se perdrait, qu'elle finirait sous pire châtiment que la Grande Dévorante. Dragon et Shinobu étaient des Lucifer. Et bientôt, bannis des cieux, ils deviendraient Satan, la courrouçant sans relâche pour finalement disparaître derrière l'horizon comme dernière limite entre ces souvenirs dans son esprit et ceux que, dans son hésitation, elle avait détruit avant même leur naissance. En perdant son léger sourire, elle posait ses vêtements sur une malle à linge, sur le côté. Sa nuisette collait encore contre sa peau de la sueur d'une nuit agitée de cauchemars et, en en poussant la bretelle restante, elle la fit choir, jonchant finalement le sol dans une masse violette qui, par son tissu, reflétait la lumière de la lampe au plafond.

Sous l'eau, après avoir bataillé pour que celle-ci ne soit ni trop chaude ni trop froide, Kyrie pu enfin se détendre. Ses longs cheveux blancs, n'étant pas noués, furent plaqués contre ses courbes et, d'un geste de ses deux mains, elle repoussait de son visage les filaments qui s'y étaient coller. Les yeux fermés, elle laissait cette eau la délaver, la désengourdir, lui rendre de sa fraîcheur à ce liquide qui tombait sur elle, abreuvant ses pores. Entre-ouvrant les lèvres elle soupira longuement, attrapant de mémoire son savon à la place qui lui était dédiée pour se laver méthodiquement. Même une fois la chose faite, et le savon reposé, elle laissait l'eau couler. La facture serait salée. D'une main elle mit fin à cette décadence qui allait prendre son porte-monnaie et s'installa dans le fond de la baignoire, repliant ses jambes contre sa poitrine, entourant celles-ci de ses bras sans force. Le froid de la pièce l'envahit à nouveau et, tremblante, elle se recueillait dans les souvenirs. Des cerisiers, des rires, des rayons de soleil à n'en plus savoir où poser son être pour être à l'ombre... Tout disparaissait. Sous l'amas de souvenirs qui n'étaient pas les siens, qui semblaient prendre toute la place dans son esprit, elle perdait sa mémoire. Malgré les années passées à leurs côtés, elle ne se souvenait plus du visage de ses parents. Quels traits pouvaient-ils bien avoir ? Un visage lui vint, se dévoilant sous ses paupières closes sur le fond noir imaginaire de celles-ci. Des ridules, quelques plis, et ce visage soudainement se déformait, s'étirait, ces lèvres se mouvant ne prononçant aucun mot. Bien malgré cette perdition, la voix parut, lente, comme si un appareil électronique peinait à garder la charge de ses piles bien malgré que celles-ci soient épuisées, ne s'arrêtant pas mais donnant un air des plus effroyable et effrayant à entendre. Elle n'en pu plus. Attrapant sa tête entre ses mains elle se recroquevillait encore un peu, laissant le courant d'air froid se balader sur sa peau en l'en laissant trembler.

Pourquoi elle ? Qu'avait-elle fait contre cette vie sienne qui, monotone jusque là, se révélait subitement être son bourreau ? Elle se perdait, comme une enfant dans son jardin, criant tout les noms qui lui venaient à l'esprit sans que jamais un seul ne lui rappela quiconque. Ces noms, ce n'étaient pas les siens. Il n'y avait pas Arthur, il n'y avait personne. Longtemps, dans ce froid désagréable, elle sanglota. Seule face à sa peine, elle laissait dans les méandres de son psyché ces idées se confronter, se battre en elle, la fissurant peu à peu. Un jour, le dernier, elle oublierait. Elle oublierait jusqu'à son nom, jusqu'à qui elle pouvait être.  Et «Kyrie» serait alors un vague souvenir, celui d'une présence dans cet appartement, son propre souvenir délavé et encore délavé, pour lequel elle ne réagirait plus, pour lequel elle n'aurait plus le moindre sentiment. Le temps perdrait sa route entre les errances et, dans son univers détaché de tout, elle n'aurait plus ni larmes à verser, en ignorant jusqu'aux raisons, ni raison à faire entendre. Elle deviendrait folle et ceux qu'elle avait pu aimés, alors, l'oublieraient à leur tour pour un autre bout de leur vie qui, à un simple touché, deviendrait sien à l'en détruire encore d'avantage dans une chute sans fin. Ce don, pour le peu que l'on ait pu l'appeler ainsi, cachait sous des fards, sous de belles apparences, des réalités et des douleurs méphistophéliques, corrompus et souillées. Kyrie... Kyrie Luna. C'était son prénom et, en se le répétant tout bas, elle voulut s'assurer de ne jamais le perdre...

De ses yeux vairons, elle observait encore l'extérieur. Assise sur sa chaise près de la fenêtre, dans sa robe blanche et majoritairement noire, elle se redressa pour faire quelques pas. Un miroir à pieds finit par lui faire face et, songeant à peut-être mettre un pied dehors, elle s'observa. Cette robe, plutôt récente, était d'un style élégant et, sa jupe noire remontant jusqu'à son sa poitrine pour ensuite laisser place à un motif comme chemise à jabots courts, s'arrêtant pour l'autre part près de ses genoux, elle était presque certaine qu'il lui serait difficile de se salir. Ayant observer peu avant les flaques d'eau sur le sol, par la fenêtre, elle optait pour quelque chose qui s'arrêtait tôt, pour ne pas traîner dans l'eau et la poussière, passant malgré tout des collants sombres en-dessous pour ne pas risquer d'attraper froid. D'un geste de main elle regroupait sa lourde masse de cheveux sur l'une de ses épaules et, en la regardant, ce demandait quoi en faire. Un chignon serait trop strict, surtout qu'elle n'avait pas envie de se casser la tête. Des couettes feraient beaucoup trop enfantines, même basses, et elle n'osait même pas imaginer hautes. Quand à une tresse, ce qu'elle avait l'habitude de faire dans ces moments-là d'hésitation, elle n'en avait pas envie ce jour-ci. Ainsi, en se décidant, elle vint chercher un ruban sobre, noir, dans sa coiffeuse pour en entourer ses cheveux en une queue de cheval basse qui, à son terme, fut nouée d'un imposant nœud qui la fit doucement sourire. Elle venait certainement de perdre quelques années, semblant à nouveau être au lycée, mais elle n'y fit pas plus attention que cela, jouant juste d'une main à faire des boucles dans cette queue de cheval, bougeant de droite à gauche dans cet appartement plutôt étroit pour chercher sa cape courte. Bien évidemment, il était hors de question de sortir sans se couvrir un minimum, principalement à cause du vent qui, changé en une furie sourde, se déchaînait encore. En trouvant son bien elle l'enfila, glissant ses pieds par habitude dans ses escarpins noirs, pour finalement ranger quelques petites choses et sortir, fermant soigneusement sa porte derrière elle.

S'en suivit une longue marche que, l'esprit ailleurs, elle n'observa elle-même qu'à moitié. Les paysages se suivaient, les uns après les autres, et notre libraire aux yeux bicolores était certaine de s'éloigner de la ville principale. Sans broncher ni faire demi-tour elle poursuivit sur sa route, croisant parfois quelques personnes qui, a la voir habillée tout en noir, ne pouvant pas distinguer le blanc de sa chemise en-dessous de sa cape, semblèrent sur le point de lui demander où aurait lieu l’enterrement et pour qui était-il. La française qui avait cesser depuis longtemps de s'offusquer des regards que l'on lançait vers elle prit simplement un peu plus soin d'allonger ses pas, pour passer rapidement ces quelques curieux sans le moindre mot. En sortant de ses idées, elle regardait tout autour d'elle, s'arrêtant un instant au bord d'une route étroite donc le trottoir se résumait presque à un banc de terre couvert de gravier. Une route de campagne ? Jetant ses grands yeux où ceux-ci le pouvaient, elle observa qu'elle était désormais loin du centre de la ville, et loin de la ville en elle-même. Celle-ci dessinait sur l'horizon comme une ligne d'encre et, en y songeant, la belle jeune femme reprit sa marche. Bien valait s'éloigner. Elle avait besoin d'air, c'était indéniable. Rapidement, de son pas pourtant plutôt lent, n'étant désormais plus déranger par grand monde, elle parvint à une forêt dans laquelle, sans crainte particulière, elle se glissa. Quelque chose au loin, contre le versant de ce qui semblait être une colline avait attiré son attention. Il y avait une bâtisse, quelque part par là. Alors que ses talons lui donnaient quelques difficultés à se déplacer dans la terre, au milieu des feuilles qui reposaient, elle sourit doucement. C'était bien la première fois de sa vie qu'elle partait ainsi, seule, sur un coup de tête, pour s'isoler du reste du monde. Ainsi, enivrée par ce calme, par le chant de quelques oiseaux, elle prit son temps. Les arbres, autour d'elle, grands comme s'ils voulaient toucher les cieux, finirent par perdre leurs feuilles et, plus elle avançait, plus elle remarquait leur absence. L'atmosphère devint pesante et, alors qu'elle n'avait de cesse de tourner la tête sur les côtés à d'étranges sons la laissant sur ses gardes, elle vint à remarquer qu'une brume persistante s'était levée. Un point d'eau, quelque part ? Sa curiosité fut rassasiée car, après une vingtaine de minute à marcher, s'enfonçant de plus en plus dans la purée de pois, elle finit par distinguer une silhouette nouée, biscornue un peu plus loin. En baissant le regard, s'agrippant des deux mains au tronc d'un arbre proche, elle reculait d'un coup sec. Cette maudite brume l'aurait presque faite tomber dans une sorte de puis, trou planté dans le sol et dont de l'eau débordait presque. En le contournant elle reprenait son pas, finissant par s'éloigner de ce qui ressemblait plus ou moins à un lac. Dans sa progression lente, la brume couvrant beaucoup, elle se demandait l'heure qu'il pouvait être et si cela faisait longtemps qu'elle marchait ainsi, faisant parfois quelques pauses. Bientôt, la brume fut moins épaisse et, dans un sourire, notre aventurière du dimanche vint se poser contre un rocher imposant pour reposer ses jambes. Elle aurait volontiers retirer ses chaussures pour pouvoir mieux progresser mais elle aurait salit ses collants et, plus précisément, aurait pu se blesser, voyant assez mal ce qui pouvait grouiller ici sur le sol.

Dans un frisson d'effroi, préférant ne pas imaginer quel genre d'insectes pouvaient se plaire dans une pareille pénombre, elle attira sa queue de cheval sur son épaule, occupant son esprit à bien d'autres choses en parallèle. Il était certain que bien peu de gens devaient venir ici quotidiennement. Peut-être prenaient-ils d'autres chemins, ces gens venant de la campagne, pour ne pas avoir à passer par cet sorte de dédale semblant boucle infinie ? Intriguée, elle en vint à se demander si, par-delà la bâtisse qu'elle avait vu le paysage était le même. En redressant la tête, fermant les yeux, laissant le frais glisser contre elle, assez couverte pour lui faire face, elle écoutait ce silence parfois interrompu par le hululement d'un hibou lointain. Quelques mouvements s'entendaient, quelques fois, mais étaient bien trop petits et vifs pour qu'elle pensa à un gros animal. Surtout qu'il ne devait pas y avoir de loups ni autres dans un endroit pareil, situé de façon raisonnable près des campagnes et donc des petits villages qu'habitait l'Homme.

La libraire en vadrouille mit fin à sa pause et, en descendant prudemment de son rocher où elle aurait pu se prendre pour une sirène, fit à nouveau ses pas, se prenant au jeu de les compter un à un, se sentant adolescente lancer dans une aventure trépidante malgré la soif qui doucement mais sûrement prenait sa gorge, lui faisant sans cesse penser, sans qu'elle ne comprenne réellement pourquoi, au thé qui n'attendait que sagement d'être préparé à l'appartement. En soupirant intérieurement elle s'encourageait. Elle était aller aussi loin. Désormais, elle songeait que faire demi-tour serait probablement inutile. La bâtisse qu'elle avait vu devait être habitée et, avec politesse et courtoisie, elle pourrait demander s'il n'y avait pas un moyen de rentrer à Middle Town autrement qu'à pied. S'il n'y en avait pas eh bien... Et bien, en fonction de l'heure, elle demanderait refuge ou rentrerait.

Vint enfin le grand moment de soulagement. Avant la déprime. Ayant gravit partiellement la colline, la libraire tomba nez-à-nez avec un cul de sac remarquable. Le portail du manoir ne s'ouvrait pas. Il ne semblait pas verrouillé mais refusait malgré tout de bouger, comme s'il avait été tordu par le temps. En soupirant, elle fit le tour, non sans mal, pour escalader comme elle le put un mur effondré. Il n'était plus question d'abandon ou non, désormais elle voulait juste se poser et profiter du calme. Il avait été clair que le manoir avait été délaissé et, un instant, dans cet endroit qui tombait sur lui-même, elle se reconnu presque. Une si belle apparence, et pourtant tant de perdition. En posant sa main contre un pilier de style presque grecque, elle s'étirait de son long et passait au-dessus, d'une enjambée, celui-ci barrant le chemin qui, dans le jardin arrière du manoir, allait permettre à la jeune femme de s'y rendre. De ses prunelles elle admirait le lieu. Bien qu'en ruines très grandement, ce jardin gardait sa majesté. Le sol de dalles, pour la plupart brisées, étaient serpenté de racines, de mauvaises herbes, mais quelque chose donnait une allure mystique à tout ces défauts de panorama. Avec que ses talons résonnaient contre le peu de dalles sur lesquelles elle pouvait encore marcher, Kyrie effleurait les choses du bout de ses doigts. Des pilier écroulé, des restes de statues, tout transportait une histoire et, de ses doigts qui glissaient, elle admirait dans la facilité. Sa tranquillité donnait à ses yeux ouverts des piliers droits, forts, décorés en digne volutes grecques. Le sol, dont les dalles semblaient restaurées faisaient résonner encore des bruits de pas, bien plus que celui seul de notre libraire et, en fermant les yeux, elle se laissait griser par la chaleur des étés, par la sensation de légèreté. Le temps avait rompu sa course et, entre ses bras plus grands que le monde entier, elle voyageait encore. L'esprit serein, de ses pas lents, elle avançait ou reculait dans ces souvenirs que le matériel lui offrait sans retenue comme pour délivrer de tendres secrets, des murmures à nos oreilles. Quelques voix s’élevèrent et, entre les rires, elle écoutait des pleurs, des paroles simples, des cris. Tout ici portait une vie et, fidèle à elle-même, elle se glissait entre les pages d'une histoire écrite pour en lire entre les lignes.

En ôtant sa main du pilier brisé, laissant un vent simple agiter ses cheveux, elle r-ouvrait les yeux, lentement, pour sourire. Son don, aussi dévastateur puisse t-il être, lui laissait voir plus de paysages que jamais personne n'aurait pu en voir en toute une vie. Et c'est, pour les oublis qu'elle encourait, le prix du savoir, d'un temps qui, pour elle, n'avait pas d'emprise sur les mots, sur les sensations, sur ce partage silencieux. Une goutte, puis une seconde, l'arrachèrent à ses pensées, à son calme et, accélérant le pas, elle entamait de traverser le jardin pour rejoindre les portes arrières du manoir qui, ouvertes, claquaient sous le vent. Dans un dernier regard par-dessus son épaule elle observait cette place, se décidant finalement à entrer dans le bâtiment abandonné pour en tirer les secrets, mais aussi et surtout l’abri et le calme. La pluie fut rapidement un presque torrent, emportée par le souffle de la Terre, et, assise, les genoux contre sa poitrine, au bas d'une des portes qu'elle avait bloquer avec une pierre, Kyrie observait le temps s'écouler. Shinobu aurait certainement aimer cet endroit. Calme, isolé du monde, comme si rien ne pouvait l'atteindre, il était de cendres, de poussières, comme si plus rien ne pouvait lui faire de mal. Ici, à se retrouver, ils partageraient quelques mots, quelques baisers, et puis le silence. Bien qu'en réalité le silence est plus tenu à Dragon. Elles se comprenaient l'une l'autre, semblait-il, sans rien avoir à se dire, dans leurs regards qui se croisaient et se fuyaient avec une gêne et une timidité adolescentes. Bientôt, il fit noir et, n'étant pas décidée à rentrer, la jeune femme opta pour rester ici. Personne ne semblait venir, même pas quelques voyous qui auraient voulu passer le temps entre bêtises, et elle doutait même qu'à part elle quelqu'un ait pu voir ce bâtiment qui paraissait s'être montré à elle volontiers, comme pour l'inviter. Elle était petite, et les plus grands qu'elle auraient certainement pu voir ce palais des mémoires sans mal, mais elle se sentait légèrement différente. Un joyau impossible à voler, détruit depuis des années, brillait encore à ses yeux qui, si différents, y trouvaient le repos. La nuit teignant le ciel qu'elle percevait entre quelques nuages épars, elle choisit de se lever, époussetant ta robe et sa cape pour se tourner vers l'intérieur du manoir qui, désormais, ne recueillait plus aucun lueur.

Elle n'était pas obligée d'y aller. Et pourtant, un grain de folie dans son cœur lui souffla d'y aller. Alors, d'un pas lent, sans confiance mais avec l'impatience des nouveaux événements, elle se fit engloutir par les ténèbres. La pièce qui fut la première pour elle était vaste, et possédait deux fenêtres à chacun de ses côtés, ce qui n'aidait malgré tout pas beaucoup. A priori, elle devait se trouver dans une cuisine, un peut-être un petit salon. En tournant la tête, plissant légèrement les yeux, elle cherchait à distinguer quoi que ce soit, n'y parvenant cependant pas. Il n'y avait rien, ici. Aucun meuble. Le manoir avait été vidé puis abandonné. Elle traversa la pièce seconde sans hésitation, prêtant toutefois attention à où elle mettait les pieds, pensant voir à juste titre qu'à certains endroits le plancher laissait place à des failles qui, même sous son maigre poids, céderaient certainement. De pas parfois enjambés, elle ne s'arrêtait pas, finissant par parvenir jusqu'à un escalier que dans l'ombre elle ne remarqua qu'en buttant sur la première marche. Dans un sourd bruit de fracas, elle s'écroula, jetant ses mains vers l'avant pour amortir sa chute. La douleur parcourut son genou et, dans un râle à peine audible, elle s'assit sur la marche coupable pour vérifier en tâtonnant si elle ne s'était pas blessée.  Rien ne coulant sur sa main, elle s'appuya sur la rambarde de l'escalier à son côté gauche pour entamer de gravir l'escalier. Ses mains, fragiles, tenaient avec force le métal et, dans son souffle doux, elle grimpait encore et encore, se demandant combien de marches cet escalier pouvait-il posséder exactement.

Une fois arrivée en haut, elle tourna sa tête à gauche, puis à droite, étouffant un cri comme elle le pu, en ravalant son souffle aussi rapidement que possible. Une peinture fluorescente luisait faiblement sur un mur. Il avait bien été question, à un moment, pour des adolescents idiots de venir jouer ici comme dans un bac-à-sable. En posant l'une de ses mains contre sa poitrine, au-dessus du tissu de sa cape, Kyrie soupirait. Son cœur, sous la peur, avait accélérer si fort et si vite qu'elle pouvait le sentir comme battre dans sa tête, contre ses tempes, distribuant son adrénaline dans une cohue singulière et tout à fait louable, bien que désordonnée et brusque. Elle lâcha la rambarde de son autre main, faisant un pas pour quitter cet interminable escalier qu'elle venait de battre d'une endurance qu'elle-même n'aurait jamais cru se savoir. Alors le silence régnait encore, que le ciel se dégageait peu à peu, laissant la lumière de la lumière percer par une fenêtre sur sa gauche, notre jeune femme ignora les craquements de la vieille bâtisse pour s'approcher de cette lueur pâle. Tout était bleu, d'un bleu sombre et, en posant les mains contre le rebord bas de la fenêtre, elle ouvrit grands les yeux. D'ici, elle pouvait encore apercevoir le jardin sur lequel glissait des fumées comme des illusions, des brumes dissociées. Qu'était-ce ? L'envie de se pencher légèrement la prit, pour regarder, mais la hauteur l'en dissuada bien vite. Ce ne fut qu'encore, alors que jusque là tout était calme et paisible, qu'elle commença à prendre réellement peur. Au-dessus de sa tête, là où elle pensait que devait être un second étage, elle entendait des bruits de pas. Des pas lourds, sourds, qui se traînaient et parfois même s'avouaient irréguliers. Il y avait quelqu'un d'autre, jusqu'alors silencieux ? En tournant la tête elle ravalait sa salive avec difficulté, la soif ne l'ayant quitter à aucun moment jusque là, lui donnant presque envie d'aller ouvrir la bouche, la tête levée, sous la pluie, ce qu'elle jugea absurde.

La française réunit tout son courage et, dans le bruit de ses talons frappant le sol, elle traversa le couloir, longea le mur couvert de peinture et poussa un petit cri aiguë, le reste n'ayant pas voulu sortir d'entre ses lèvres, alors qu'elle heurtait de plein fouet quelque chose de grand et de massif. Sous l'impact, les yeux grands ouverts puis fermer avec insistance, elle heurta le sol, retombant sur le fessier dans un nouveau bruit sourd. Elle aurait bien des bleus en rentrant à l'appartement ce soir, ou demain matin, tout dépendait de ce qu'il arriverait. Le bouton de pression de sa cape courte s'arracha sous son coude qui prenait appuie sur la tissu et, dans un bruit de déchirure, la matière soyeuse retomba sur le sol, laissant la libraire sans son manteau en face de quelque chose, ou de quelqu'un. Ses yeux voyageaient encore dans l'ombre et, surprise d'une douleur au bras sur lequel elle voulait s'appuyer pour se relever, elle pinça ses lèvres fortement entre elles, les rosissant de cet afflux sanguin. Pour la première fois de la journée, sous ce mal, elle entre-ouvrait les lèvres sur quelques mots, en laissant sortir sa voix claire et faible, semblable à un murmure.

- Mon bras...


H.R.P:
 


_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

- A good idea rarely comes after a bad one. - [ P.V. Kaito K. Campbell. ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» 1.06 All Good Things Must Come to an End
» Good Morning England - Demande de partenariat
» 07. It's a new day, a new start, and I'm feeling good!
» Good morning, Ireland ! (23/01/12 à 10h12)
» oh sometimes i get a good feeling[17/05 à 13h46]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 ::  :: Les Coins Isolés :: Manoir Abandonné-